Oubliez les conventions, Anna Gaylor n’a jamais eu besoin de réclamer sa place sur la scène française, elle l’a prise, tout simplement, et n’a plus quitté le devant de la scène. Depuis les années 1950, son nom résonne avec celui de l’exigence et de la passion. Aujourd’hui, alors que sa disparition à 89 ans ravive la curiosité, le public revient sur le parcours sans détour de cette actrice qui n’a jamais fait les choses à moitié.
Anna Gaylor : enfance et débuts d’une passion
Anna Marie Tamora Senioutovitch, connue sous le nom d’Anna Gaylor, voit le jour le 13 mai 1932 dans le 12e arrondissement de Paris. Très tôt, le cinéma lui tend les bras. Direction le Conservatoire national supérieur d’art dramatique, où elle croise la route de jeunes talents devenus mythes du septième art : Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle, Jean-Paul Belmondo. Le genre d’endroit où l’on apprend vite à se faire respecter.
À 18 ans, elle monte pour la première fois sur les planches. Mais Anna n’attend pas pour s’essayer ailleurs : premiers pas à la télévision, apparition dans des films britanniques. Dès 1957, elle partage l’affiche avec Stephen Boyd dans « Les Sept Tonnerres » de Hugo Fregonese, puis enchaîne avec « Rencontre au Kenya » de Ken Annakin. Sa trajectoire se dessine, obstinée et ouverte.
L’histoire prend un tournant personnel en 1961 : Anna épouse le réalisateur Alain Jessua. De cette union naît Frédéric Jessua, le 27 octobre 1967, aujourd’hui acteur, photographe et producteur, qui prolonge à sa façon la saga familiale.
Filmographie d’Anna Gaylor
Des décennies sur les plateaux, un carnet de rôles bien rempli. Anna Gaylor s’est imposée à l’écran avec constance. Parmi ses nombreuses participations, voici quelques films marquants qui jalonnent son parcours :
- Mannequins de Paris d’André Hunebelle (1956)
- Les Collégiennes d’André Hunebelle (1957)
- Les Sept Tonnerres (Seven Thunders) de Hugo Fregonese (1957)
- Rencontre au Kenya (Nor the Moon by Night) de Ken Annakin (1958)
- La Chatte sort ses griffes d’Henri Decoin (1960)
- Les Lionceaux de Jacques Bourdon (1960)
- La Vie à l’envers d’Alain Jessua (1964)
- La Tête du client de Jacques Poitrenaud (1965)
- Jeu de massacre d’Alain Jessua (1967)
- Traitement de choc d’Alain Jessua (1973)
- Les Granges brûlées de Jean Chapot (1973)
- Juliette et Juliette de Remo Forlani (1974)
- La moutarde me monte au nez de Claude Zidi (1974)
- Cousin, Cousine de Jean-Charles Tacchella (1975)
- L’Incorrigible de Philippe de Broca (1975)
- Armaguedon d’Alain Jessua (1977)
- Une Américaine à Paris (American Dreamer) de Rick Rosenthal (1984)
- L’Été prochain de Nadine Trintignant (1985)
- Moi vouloir toi de Patrick Dewolf (1985)
- La Gitane de Philippe de Broca (1986)
- Le Môme d’Alain Corneau (1986)
- En toute innocence d’Alain Jessua (1988)
- Aujourd’hui peut-être… de Jean-Louis Bertuccelli (1991)
- Ôtez-moi d’un doute de Carine Tardieu (2017)
- Dans la brume de Daniel Roby (2018)
- Si loin, si proche 2 de Aytl Jensen (2022).
La liste n’est pas exhaustive. Anna Gaylor a multiplié les rôles, aussi bien devant la caméra que sur le petit écran, sans jamais se laisser enfermer dans un registre unique.
Anna Gaylor et le théâtre : une fidélité sans faille
Sur scène, Anna Gaylor a marqué de son empreinte plusieurs générations de spectateurs. De 1952 à 2014, elle s’est illustrée dans plus d’une dizaine de pièces. Parmi les œuvres qui ont ponctué sa carrière théâtrale, on retient notamment « Le Mariage forcé » et « L’École des maris » de Molière, montées par Jean Meyer en 1961. Elle s’est aussi engagée dans « Chat qui peut » d’Alan Rodsett. Sa dernière apparition remonte à 2014, avec « Si on recommençait » d’Éric-Emmanuel Schmitt, mise en scène par Steve Suissa au Comédie des Champs-Élysées. Pas de pause, pas d’interruption : le rideau ne s’est baissé pour Anna qu’à la toute fin de sa vie professionnelle.
Le dernier acte : la disparition d’Anna Gaylor
Le 20 septembre 2021, Anna Gaylor s’est éteinte à Saint-Denis, à 89 ans. La nouvelle a été partagée le lendemain par son ami, le réalisateur Aytl Jensen, alors qu’ils travaillaient ensemble sur un projet de long-métrage. Les circonstances précises de sa disparition restent dans l’intimité familiale. Mais son héritage, lui, ne s’efface pas. Les hommages ont afflué, aussi bien sur les réseaux sociaux que dans la vie culturelle française, preuve que sa trajectoire collective continue de vivre bien au-delà des projecteurs.
Anna Gaylor laisse derrière elle la trace discrète mais indélébile d’une femme qui a traversé le théâtre et le cinéma avec la force tranquille de celles qui n’ont jamais eu besoin d’en faire trop. Son nom, aujourd’hui, s’inscrit dans la mémoire collective, comme un écho familier qui ne compte pas s’éteindre de sitôt.


